Le carnet de voyage génétique, des migrations et des métissages

Le carnet de voyage en sciences ouvre sur tous les voyages de toutes les espèces et leur écosystème sur la planète mais aussi peut aussi partir sur les pas de scientifiques et de leurs découvertes. Nous avions déjà évoqué le voyage de Darwin, l’évolution des espèces, les voyages des plantes, des aliments…et bien d’autres carnets proposés aux élèves afin de parfaire leur culture scientifique dans un esprit d’investigation et de curiosité.

Concernant les migrations et les évolutions, nous avons parlé de l’ADN et des découvertes de la génétique et de l’épigénétique. En 2010, la paléogénétique a révélé le séquençage du premier génome de Néandertal et penche vers un métissage entre deux espèces avec l’introduction de variants génétiques néandertaliens chez Homo sapiens. Mais un autre hominide a été découvert en Sibérie: « Denissova ». La paléogénétique révèle qu’il s’est métissé avec les ancêtres des populations asiatiques et océaniennes actuelles. La science interroge en effet l’ADN afin de savoir où ces métissages se seraient produits et quels sont les impacts sur les populations d’Homo Sapiens. Il y a environ 750 000 un hominidé est sorti d’Afrique et s’est répandu en Eurasie. 400 000 ans plus tard, deux groupes en sont issus : Néandertal à l’ouest et Dénisova à l’est. Il y a 50 000 ans, Sapiens cohabitait donc avec Néandertal, mais aussi avec une troisième espèce, l’homme de Denisova. De plus, la paléogénomique est une aide précieuse afin de reconstituer des génomes anciens (animaux, végétaux ou encore microbiens) et de tenter de retracer l’histoire de l’humanité.

Ce projet de carnet de voyage scientifique s’inscrit dans le programme de SVT, Sciences et Vie de la Terre, de la classe de Terminale porte sur « Génétique et évolution » : « On se place ici dans une perspective évolutive permettant aux élèves d’identifier une diversité de mécanismes impliqués dans l’évolution du vivant et de relier ces mécanismes à leurs conséquences évolutives à l’échelle des individus, des populations et des écosystèmes. Il ne s’agit donc pas d’étudier les mécanismes génétiques et non génétiques pour eux-mêmes. » (extrait des programmes).

Réaliser un projet de carnet de voyage scientifique qui croiserait les sites de découverte des restes d’hominidés et les migrations mises à jour par la paléogénétique serait alors pertinent. Pourquoi pas en vue de l’épreuve du Grand oral au Baccalauréat mais aussi dans le but de mettre en exergue l’avancée des sciences de l’homme. Une carte des métissages et des migrations des origines de l’homme serait alors une forme de carnet de voyage à partir des hypothèses scientifiques et de la démarche d’investigation en sciences qui serait à formaliser.

A nos élèves de retracer les recherches actuelles sur les trois hominidés et les derniers programmes de recherche qui leur sont consacrés ! Du carnet de voyage au carnet de chercheur débutant, le voyage concerne alors autant l’espace que le temps, celui des origines.

De plus, une étude paléogénétique majeure publiée mi-avril 2026 dans la revue Nature démontre, en explorant l’ADN de nos ancêtres, que la sélection naturelle s’est accélérée au cours des dix derniers millénaires. Notre patrimoine génétique évoque comment nos modes de vie ont sculpté notre santé actuelle. Un champs de la recherche en SVT en plein essor !

Quelques ressources :

Le carnet de terrain et de recherche, une méthode visuelle de recherche en SHS

Le carnet de terrain et de recherche, une méthode visuelle du chercheur en sciences humaines et sociales

Le Réseau inter-MSH des Méthodes Visuelles vise à rassembler des individus et des communautés de pratiques qui, au-delà des cloisonnements disciplinaires, convergent à travers des questions méthodologiques. Il rassemble des acteurs de diverses Maisons des Sciences de l’Homme qui structurent l’ensemble sur le plan institutionnel. Cependant, ce réseau a vocation à être une communauté ouverte, accueillante et solidaire. Toute personne, quel que soit son statut, qui a un intérêt pour l’usage de l’image dans la recherche, doit pouvoir rejoindre ce réseau.

https://sites.google.com/site/reseauintermshdesmv/

Mon propos porte sur le carnet de recherche ou de terrain intermédia (du carnet papier et audiovisuel au carnet numérique) qui est envisagé comme un objet et comme un outil de recherche.

– Qu’il soit notes textuelles et visuelles, recueil de données ou de réflexions, mémoire ethnographique ou scientifique, relevé d’observations, il se définit comme le document primaire des données brutes, nécessaire à l’élaboration du travail secondaire de l’article scientifique, à la source de la pensée scientifique et du cheminement intellectuel des hypothèses et vérifications aux explications et communications de la recherche. Le carnet rend compte aussi du terrain, en vue de “reporter” et de témoigner de faits, d’expériences et de rencontres. Il se décline comme un outil polymorphe : reflet personnel de la pensée en mouvement, matériel de la recherche en construction et reportage in situ.

– Comprenant les fonctionsde l’image (explicative et informative)et déclinant un panel de techniques créatives (des arts graphiques aux arts visuels au service des sciences de l’homme), le carnet de recherche consigne textes et images, relevés, inventaires, représentations visuelles (carte, schéma, topogramme…),découvertes et observations issues du terrain mais aussi des réflexions au quotidien dans une pratique du carnet nécessaire à la démarche de recherche en sciences humaines et sociales.

– Il peut se décliner sur tous les supports – audio-visuel (cinéma) sonore et numérique (blogs, sites web, wikis…)- et écrans dans une intermédialité du carnet et évolue vers de nouveaux dispositifs médiatiques audio-visuels, multimédia et numériques à circonscrire. Cette méthode visuelle est utilisée autant par l’artiste que par le scientifique, qui décline une multiplicité de points de vue ou regards du chercheur au praticien ou professionnel. Outil de l’enquête ou du travail en immersion, le carnet qu’il soit de reportage ou de patrimoine, interroge la démarche ethnographique, le statut d’auteur qui peut être partagé par l’enquêteur et ses interlocuteurs et l’oeuvre (ou la pensée) en gestation.

– L’objet d’étude pourrait s’étendre à différentes périodes historiques afin d’envisager le carnet de recherche, autant “carnet d’esquisses” comme source de créativité et poétique de l’oeuvre pour l’artiste, que “carnet de terrain” comme déclencheur d’innovation et palimpseste du raisonnement pour le scientifique. Il contribuerait, notamment à travers les relations entre le texte et l’image, à une épistémologie des disciplines, à la constitution des sciences de l’homme et à l’évolution des sciences humaines et sociales qui découlent de l’expérience vécue, de la relation à l’Autre et des types d’observation sur le terrain, déclinés notamment en sociologie, en anthropologie et en géographie.