Le carnet de voyage généalogique et le carnet de voyage des racines

Ce carnet de voyage généalogique ou carnet de voyage des racines serait un compte-rendu d’une généalogie de terrain, d’une pratique in situ, d’un voyage initiatique spécifique, celui des origines identitaires afin de découvrir concrètement ses racines en se rendant sur les lieux de vie de ses ancêtres. D’ailleurs, la Revue de recherche internationale TEOROS, si renommée, avait proposé un numéro spécial intitulé  « Tourisme des origines – Tourisme autochtone »

Présentation du numéro de TEOROS : « Découvrir la terre des ancêtres, renouer les fils de la généalogie familiale, faire l’expérience concrète du pays d’origine telles sont quelques-unes des motivations qui poussent les descendants de migrants et d’exilés à effectuer ce parcours touristique initiatique. Si le phénomène a maintes fois été l’objet de récits mythiques et quasi-mystiques pour la littérature et le cinéma, il constitue plus concrètement un ensemble incontournable de pratiques à étudier tant il influence les touristes et l’industrie du voyage. Le numéro “Tourisme des racines : expériences du retour” de la revue Téoros souhaite faire un état des lieux du phénomène touristique du retour en s’intéressant à ses spécificités et ses déclinaisons, ses enjeux socio-culturels, économiques et politiques, ses acteurs et ses structures. »

Nos cousins Québécois viennent chez nous pour découvrir le vieux continent et renouer avec leurs racines lointaines. S’adonnent ils à la pratique du carnet de voyage ? Comment est-ce qu’ils rendent compte de leur voyage en France ciblé sur leur quête généalogique ?

Pour l’anecdote, je me rappelle des Québécois rencontrés en voyage le long du St Laurent qui étaient enchantés que je sois Charentaise afin de questionner mes liens de famille avec Samuel Champlain et Jacques Cartier. J’avoue que nous avions partagé un bon fou rire. Si j’avais une telle lignée dans mes aïeux, nous aurions pu partager notre arbre généalogique avec enchantement, encore plus pour moi peut-être que pour mes cousins Québécois ! L’échange entre nous est révélateur de l’esprit du Nouveau continent, car, en effet, les Nord-Américains souhaitent découvrir les lieux de vie et de mémoire de leurs ancêtres partis peupler la Nouvelle-France (Canada, Acadie et Louisiane) aux 17e et 18e siècles. Les Acadiens apprécient découvrir certaines régions de leurs ancêtres comme le Poitou – Charente (dont Brouage, la Rochelle), Nantes, Belle Ile en Mer, Saint-Malo…Les Américains ont aussi alimenté le tourisme des origines vers le continent africain, notamment à la suite de tests ADN.

Aujourd’hui, on parle de « tourisme généalogique » qui s’avère en plein essor : soit, en France, 500 000 personnes s’y adonnent avec enthousiasme, d’après le voyagiste spécialisé Racines Voyage. Pour plus d’informations, voir l’émission Grands Reportages diffusée sur la chaîne de télévision TF1 en mars 2026 au sujet du « Tourisme des origines : des voyages pas comme les autres ».

La recherche généalogique découle d’une motivation identitaire: retracer l’histoire familiale. Finalement, il s’agit autant d’un moyen de se distinguer que d’immortaliser le passé, surtout si une publication est envisagée. Cette recherche nécessite la tenue d’un carnet pour consigner les découvertes. Alors, le carnet de voyage serait-il un outil pertinent pour médiatiser le voyage « retour aux sources » ? A quel temps, le voyageur – chercheur –  généalogiste utilise-t-il un carnet ? Quel est le type de carnet numérique, transmédia ou multimodal choisi ?

Les trois temps du voyage sont toujours explorés : la quête généalogique en amont, le voyage sur les lieux de vie des ancêtres, puis l’écriture du récit pour la famille et les amis. A chaque étape le carnet évolue, passant du carnet de recherche au carnet de voyage puis au carnet médiatisé.

Quelques pistes de réflexion qui seraient à mener :

  • Comment l’arbre généalogique se transforme-t-il en carte géolocalisée et documentée ?
  • Comment penser un carnet numérique adapté au carnet de voyage généalogique ?
  • Comment retranscrire la quête identitaire ?
  • Comment évoquer le retour aux sources ?
  • Comment intégrer l’ensemble des traces, des documents authentiques et des éléments historiques ?
  • Comment s’articulent textes et images ?
  • Comment concilier le carnet temporel et le carnet géographique ?

Trois champs de recherches universitaires seraient à investiguer :

  • Comment apprécier le voyage formatif pour la recherche identitaire ?

Il s’agit d’enquêter auprès des voyageurs généalogistes et de découvrir leur pratique en voyage, dans leur confrontation aux lieux de l’histoire familiale des ancêtres et de découvrir la transformation de soi et la recherche identitaire qu’elle apporte. Plus que la réflexion interculturelle, ce serait celle de l’identité culturelle qu’il s’agit d’investiguer : la transformation de soi par un retour aux sources. Il s’agit toujours du voyage initiatique qui me tient à cœur !

  • Comment en Charente les touristes Québécois utilisent le carnet de voyage ?

C’est un sujet que j’aimerais approfondir dans le cadre de mes recherches universitaires et d’ouvrir sur la francophonie (la langue française et le patois charentais en référence aux recherches de ma mère F. Argod-Dutard à l’université Bordeaux – Montaigne). Je pourrais renouer avec la géographie, l’une de mes disciplines universitaires, d’autant plus qu’elle concerne la médiation du patrimoine et du tourisme, thème de mes recherches au croisement des Sciences de l’Information – communication et de la géographie et finalement à relier avec l’interculturel (cf au cMOOC sur la plateforme de formation COURSERA).

  • Comment le genre carnet de voyage pourrait-il être redéfini d’après toutes les différentes pratiques généalogiques ?

Les pratiques de la généalogie seraient à catégoriser afin d’appréhender la diversité des traces collectées : les retranscriptions, les notes, les arbres généalogiques, les cartes mentales, les documents utilisés…Comment le carnet de voyage favorise t-il une mise en forme d’une narration dans le temps et dans l’espace ? Qu’il soit carnet de voyage généalogique, carnet des origines, carnet des racines, cet objet de recherche est à investiguer dans mes recherches universitaires à partir de la rentrée prochaine.

  • Quelle médiation du tourisme et du patrimoine propose le carnet de voyage généalogique ou carnet de voyage des racines ?

Cet outil serait-il pertinent pour médiatiser le tourisme des racines et le tourisme généalogique ? Comment les organismes culturels, les sites liés à l’histoire transatlantique, les municipalités, les offices de tourisme pourraient ils le valoriser comme outil de communication des échanges inter peuples ou inter pays (France – Québec par exemple) ? Des artistes carnettistes vont-ils s’emparer de ce type de carnet de voyage pour en redéfinir le genre, le métamorphoser et apporter une narration transmédia originale ?

Un nouvel horizon à découvrir !

Deux articles de presse pour prolonger la lecture :

 

Le sketchnote, outil pour l’enseignement du français

Le sketchnote est un outil pour la formation et l’enseignement, notamment pour l’apprentissage du français car il facilite l’expression personnelle et l’explicitation de notions et oralisé, il devient un support efficace pour la prise de parole. Dans le cadre de l’enseignement FLE Français Langue étrangère ou du FLS Français langue seconde. Cet outil de pensée visuelle et de facilitation graphique permet de transformer un texte en un visuel clair et schématique. J’utilise la pratique du croquis explicatif dans ma pédagogie depuis 2018 dans le cadre des cours de Français Spécifique auprès des étudiants internationaux de l’INSPE de l’Académie de Bordeaux.

Je leur propose d’expliciter leur choix pour l’apprentissage du Français et de réfléchir à leur motivation profonde pour le prolonger par une mobilité à Bordeaux. J’évoque avec eux « leur France rêvée » et « leur France vécue » comme la recherche en géographie humaine l’envisage dans les notions d’espace rêvé et d’espace vécu. Nous concluons sur leurs projets et les apports de leur mobilité à Bordeaux.

Quelques questions guident la réalisation de leur croquis ou sketchnote :

1- France RÊVEE (couleur rouge) : l’avant voyage

  • Sensations – impressions : Comment représentez-vous la France ? A partir de vos 5 sens, quelles émotions / couleurs …
  • « Bain culturel » : Quel a été votre « bain culturel » lié à la France ? Littérature, lectures, cinéma, musique, médias, peinture, architecture, les artistes que vous aimez…

2- France VECUE (couleur bleu) : le pendant du voyage

  • Quelles ont été vos rencontres de personnes ? Enseignants prof. de Français à l’école, amis français en vacances, correspondants, artistes préférés ou admirés (concerts)…
  • Quels ont été vos voyages ou mobilités ? Vacances avec la famille…

3- France en PROJET (couleur verte) : une projection existencielle pour l’après du voyage avec les projets et les atouts de la mobilité

  • Quels voyages pour découvrir d’autres régions ou villes de France ?
  • Quels goûts ou vos loisirs nouveaux avez-vous découvert ? Quelle envie de découvrir plus…

Consignes :

 Sur un fond de carte de la France en forme d’hexagone placée au centre de la page A3, je demande aux étudiants de situer les villes et les régions dans lesquelles ils ont séjourné en couleur bleu puis celles qu’ils rêvent de découvrir en couleur rouge. Ensuite on réalise un découpage en quatre espaces : à gauche “la France rêvée” (en rouge) avec deux colonnes (les impressions des sens et les imaginaires culturels) et à droite “la France vécue” (en bleu) avec deux colonnes (les rencontres et les voyages). En bas de la page, on réserve une zone pour “la France en projets” (en vert) peut expliciter de gauche à droite leurs projets de voyages et de loisirs à découvrir puis les atouts de la mobilité à Bordeaux.

Il s’agit de dessiner et de créer des collages d’images numériques afin d’illustrer ses coups de cœurs pour la langue et la culture françaises et afin d’expliquer pourquoi le choix d’apprendre la langue Française. Chacun recherche sur le web des vignettes images sur la France afin de réaliser des collages créatifs et informatifs.

Je propose de réfléchir à quelques questions pour rédiger un texte d’après la création visuelle :

  • En quoi les voyages sont-ils formateurs pour l’apprentissage d’une langue et d’une culture ?
  • Quelles représentations ont changé suite à la mobilité à Bordeaux ?
  • En quoi l’interculturel est-il fécond pour son devenir identitaire et professionnel ?

Cette réalisation en images – collages – textes est insérée dans le carnet interculturel numérique réalisé par l’étudiant international à l’INSPE de l’Académie de Bordeaux : une production à mi chemin entre le carnet de voyage et de mobilité et le carnet interculturel.

A titre personnel, le corpus recueilli de sketchnotes et de textes réalisés par les étudiants internationaux est l’objet d’une recherche initiée sur les thèmes de la biographie interculturelle et langagière et du plurilinguisme. Celle-ci croise les sciences de l’information – communication et l’enseignement des langues. L’enseignement du FLE est un ancrage professionnel qui porte mon goût pour une pédagogie innovante.

 

Le sketchnote, outil pour la biographie interculturelle

Le sketchnote est un outil pour la formation et l’enseignement qui facilite l’expression personnelle et l’explicitation de notions. Il permet d’enrichir sa prise de notes, sa mémorisation grâce à la pertinence d’un double encodage d’une information (par du texte et du visuel). Cet outil de pensée visuelle et de facilitation graphique permet de transformer un texte en un visuel clair et schématique intégrant des mots-clés, des flèches, des symboles, des couleurs et des pictogrammes. J’utilise la pratique du croquis explicatif dans ma pédagogie depuis 2018 car il force la réflexion autant sur le contenu, la mise en forme que la médiation : voir la fiche de CANOPE “Aider les enfants à apprendre une leçon difficile grâce au sketchnoting”

En vue d’enrichir le carnet interculturel et de mobilité, je propose depuis l’an dernier aux étudiants, la réalisation un schéma dessiné (croquis ou sketchnote) de leur chronologie personnelle ou biographie de leur découverte des cultures et des langues, en somme une biographie visuelle de leur identité interculturelle.

Quatre questions guident la réalisation de leur croquis ou sketchnote :

  • Quelles sont les langues parlées par ma famille (grands-parents, père et mère) et liées à un pays d’origine ?
  • Quelles sont les langues que je parle (âge et niveau à l’école) ?
  • Quels évènements sont en lien avec mon interculturalité ? Vous pouvez citer des déménagements, des changements de lieu ou de ville, mes voyages (mobilités, vacances), mes rencontres (amitiés ou amours).
  • Quels sont mes goûts culturels pour d’autres cultures ou pays ? Vous pouvez évoquer vos loisirs (sports, gastronomie…) vos pratiques artistiques (cinéma, musique…) et vos lectures.

Ensuite, j’évoque la subjectivité et les émotions vécues : ces souvenirs sont-ils positifs (bien vécus, bien être) ou négatifs (mal vécu, mal être)? Pourquoi ? Quelles en sont les raisons ?

Pour la lisibilité du croquis, je propose de différencier les couleurs et l’espace dans la page A3: par exemple, une couleur est déterminée pour évoquer le mal vécu avec un emoji triste (« déprime ») dans la partie inférieure de la page. De plus, je demande la mention des années, de l’âge et des structures scolaires dans la chronologie. Nous déterminons ensemble le choix des codes graphiques : les drapeaux des pays et cultures découvertes, les voitures pour les changements de maison, les avions pour les voyages, les nuages (ou les bulles) pour le positif, les bonhommes pour les rencontres…

Ce sketchnote est inséré dans le carnet interculturel numérique. Je collecte ces productions visuelles au fil des promotions de Master en vue d’analyser les parcours interculturels des étudiants internationaux en mobilité à l’INSPE de l’Académie de Bordeaux et qui ont choisi le métier d’enseignant.

Le carnet interculturel et de mobilité

Dans le cadre du module de Français Spécifique à destination des étudiants internationaux à l’INSPE Académie de Bordeaux – Université de Bordeaux, je lance la réalisation d’un carnet interculturel et de mobilité en m’inspirant du cMOOC « Un carnet interculturel pour une mobilité universitaire ». Depuis la sortie de ce MOOC à visée constructiviste à la rentrée 2022, un dispositif hybride, que j’ai imaginé, est expérimenté auprès des étudiants avec la consigne de réaliser leur carnet personnel sur l’interculturel qui se prolonge par un carnet de mobilité à Bordeaux. Nous interrogeons l’interculturel, l’usage de l’écoute active et un corpus de carnets de voyage dans le cadre d’une réflexion sur les apports de l’interculturel dans un cursus universitaire.

Le carnet numérique “interculturel et de mobilité” réalisé par l’étudiant international à l’aide d’outils numériques (CANVA ou GENIALLY) est un outil personnel réflexif et d’expression personnelle. Sa finalité est aussi le partage avec la famille, les amis et une valorisation dans son CV (curriculum vitae) en vue d’une employabilité. La mise en forme à la manière « carnet de voyage » valorise l’art du collage, la récupération de traces, l’insertion de documents authentiques, une variété d’images, (photographies, vidéos…) et un scénario. Celui-ci commence avec le départ depuis le lieu d’origine et s’achève avec le retour et évoque un voyage initiatique où une réflexion sur la mobilité formative porte autant sur la pratique langagière, la découverte culturelle et l’émancipation vécue avec la mobilité.

Le scénario du carnet interculturel est un travail fondamental pour que la production puisse être valorisée. De plus, les liens textes et images et les illustrations facilitent la compréhension : la place des médias doit être pensée pour une efficience de la médiation. Le scénario est construit à partir de plusieurs parties au fil du déplacement : avant, pendant et après le voyage. Nous travaillons ensemble un scénario de 15 à 20 pages qui se décomposent en quatre chapitres :

Chapitre 1 : Mon interculturalité (récit de vie, ma famille, mes références, mes loisirs…).

Chapitre 2 : Ma mobilité à Bordeaux sous forme de « carnet de voyage ».

Chapitre 3 : La réflexion interculturelle à travers l’expérience du voyage, de la rencontre et l’analyse d’un moment critique.

Chapitre 4 : La plus – value formative pour son avenir professionnel et son métier d’enseignant en évoquant « le carnet de voyage, outil pédagogique » en classe.

Chaque année, mes étudiants Suisses, Hollandais, Espagnols, Italiens et Belges semblent apprécier ce dispositif d’expression personnelle, de créativité et de réflexivité. Mon souhait serait qu’ils puissent lancer des projets dans leurs futures classes et participer aux projets de la plateforme de formation « eTwinning » afin d’enseigner autrement.

https://www.etwinning.fr/

Carnets en terres inconnues

« En terre inconnue » est l’émission française la plus extraordinaire et inattendue de la télévision qui a débuté en décembre 2004 et a été lancée par Frédéric Lopez. Le journaliste ethnologue emmène une célébrité vers une destination lointaine qu’elle ignore afin de lui permettre d’aller à la rencontre d’un peuple aux coutumes et à la culture spécifiques. Je me souviens de la première émission qui fut pour moi un OVNI, du premier regard avec Muriel Robin chez les Imbas en Namibie puis de la première émotion avec Thierry Lhermitte à Madagascar. C’est l’unique fois où j’ai laissé un message sur le site de France 2 : j’étais enthousiasmée et déconcertée par cette rencontre médiatique. Je n’en revenais pas qu’une telle émission ait pu être réalisée. Quel message ! Quel appel au voyage et surtout à la rencontre ! Je me rappelle que j’en parlais à tout le monde autour de moi : à mes amies, aux collègues et aux carnettistes invités lors de la Biennale du carnet de voyage à Clermont-Ferrand. L’interculturel est une notion à partager et souvent la quête du voyageur, en tout cas à découvrir car elle peut devenir une philosophie vers plus d’humanité.

L’anniversaire des 20 ans de l’émission est à retrouver sur France TV en replay : « Retour en terre inconnue » avec trente-deux épisodes qui proposent la rencontre d’un peuple emblématique à travers « notre miroir », c’est à dire une personnalité connue qui a notre vision culturelle. Cette rencontre interculturelle est un havre de réflexions, d’émotions, d’introspection, de dépassement, de relativisme, de foi en l’autre et en la fraternité.

Après le rendez-vous « Un dimanche à la campagne » pour évoquer le parcours de vie et le partage d’un moment d’introspection entre amis, Frédéric Lopez poursuit sa thématique du voyage dans « Notre vraie nature ». Cette fois, il nous embraque pour une immersion 100 % nature et en groupe (avec quatre invités connus). L’objectif est de se déconnecter du monde virtuel et de se reconnecter à soi, aux autres et à la nature. Le contact du Wild serait-il le meilleur moyen de se retrouver et s’ancrer dans sa vie ? Encore une surprise médiatique hors du commun, hors des sentiers battus du voyage où l’itinérance est toujours synonyme d’initiation comme un rite initiatique vers soi. Cap sur les prochains épisodes !

Autres documentaires à découvrir sur France Télévision :

« Nos terres inconnues » dans lequel Raphaël Casabianca explore les terroirs français et embarque une célébrité à la rencontre de ses habitants.

« Chemin de traverse » dans lequel Virginie Efira et Agathe Lecaron parcourent ensemble les Alpilles et la Camargue qui deviennent des madeleines de Proust et sont le lieu de rencontres inattendues et de festivités.

« Nues et culottées » déclinée aux féminin sur France 5 : une première aventure qui se déroule en Bretagne et d’autres qui vont arriver.

« Nus et culottés » avec Nans et Mouts toujours aussi “déroutants” et en quête de chemin de vie à partager : soit 55 épisodes disponibles !

Carnet interculturel, plurilinguisme et langues minoritaires

Une journée d’étude sur le plurilinguisme, a été organisée à San Sebastian, le vendredi 11 avril 2025, par l’INSPE Académie de Bordeaux et l’université du Pays Basque espagnol dans le cadre de le programme de recherche transfrontalier EUSKOCC et le projet Langues et patrimoine scolaire en Aquitaine EUSKADI.

Ma communication a porté sur le cMOOC « Un carnet interculturel » sur COURSERA (https://www.coursera.org/learn/carnet-interculturel) et elle s’est intitulée  « Narrer son voyage : du carnet de voyage au carnet interculturel ». La réalisation du cMOOC « Un carnet interculturel pour une mobilité internationale » sur la plateforme internationale COURSERA en 2022 a découlé du croisement du carnet de voyage et du récit de vie avec pour objectif formatif de mener une réflexion sur l’interculturel. Dans le cadre d’une formation hybride en Français Spécifique (suivi du cMOOC et atelier de pratique), les étudiants internationaux de l’INSPE Académie de Bordeaux initient la création d’un carnet interculturel qu’ils présentent à l’oral à leurs collègues. Ces carnets interculturels et de leur mobilité à Bordeaux constituent notre corpus d’analyse pour mener une réflexion sur l’enseignement des langues par l’expression du vécu, de l’authentique et des arts graphiques.

Quatre pistes de réflexion pédagogique ont été évoquées :

1- Les enjeux du cMOOC “Un carnet interculturel” publié sur la plateforme internationale COURSERA

2- La réflexion interculturelle à travers l’expérience du voyage, de la rencontre et du récit de vie.

3- La biographie au coeur du « carnet de voyage » comme narration d’une expérience : des mots, des impressions, la découverte sensorielle, les liens textes et images, cartes, mindmap..

4- L’enseignement du FLE ou FLS par l’expression du vécu, de l’authentique et de la pratique artistique ou médiatique.

L’intervention de Sílvia Melo-Pfeifer, Professeure titulaire de didactique du français et de l’espagnol, à la faculté d’éducation de l’université de Hambourg (en Allemagne), a été riche d’intérêt et croise mes pistes réflexives sur les méthodes visuelles en SIC. Son intervention s’intitulait « Dessins et visualisation de la matérialité des langues et du multilinguisme » : cette contribution explore la manière dont les dessins peuvent être utilisés pour illustrer et conceptualiser les aspects matériels des langues et du multilinguisme. Plus précisément, elle examine comment la matérialité des langues est représentée et comment les expériences multilingues, médiatisées par des artefacts, sont exprimées visuellement. La discussion est basée sur des dessins créés par des enseignants de langues en formation initiale et de jeunes apprenants d’allemand en tant que langue d’accueil et de portugais en tant que langue d’origine, en Allemagne.

De retour à l’INSPE, inspirée et motivée par des collègues plurilingues fort impressionnants (français, basque, espagnol et occitan), j’ai imaginé des consignes de dessins, croquis et sketchnotes que j’ai testées auprès de mes étudiants internationaux. En effet, cette promotion 2025 a « brillé » dans la réalisation de leur carnet interculturel numérique accompagné d’une présentation orale évaluative pour le Français langue spécifique. C’est avec ces étudiant(e)s Suisses allemand(e)s et francophones et Espagnol(e)s que je voulais expérimenter des méthodes visuelles originales pour le carnet interculturel, pour prolonger le cMOOC suivi et pour narrer sa biographie langagière et culturelle.

J’émets en effet l’hypothèse que la création d’images puisse permettre la réflexion et l’analyse sur l’interculturel et surtout sur notre propre interculturalité, celle que nous portons en nous et ne valorisons pas assez. Comment, lorsque l’on dessine, pourrait-on mieux réfléchir à son interculturalité, à son identité culturelle et langagière ? Comment la pratique des arts graphique et visuels facilite t-elle une prise de conscience de sa biographie langagière et de son identité pluriculturelle ?

 

Les premiers essais me donnent l’envie de continuer dès la rentrée et, à terme, de lancer une recherche dans le cadre de l’INSPE de l’Académie de Bordeaux. Les idées ne manquent pas, seule la course au temps déjoue mon énergie !

 

Le carnet interculturel est un outil pédagogique pour l’enseignement des langues afin de promouvoir le plurilinguisme et les langues minoritaires : de belles voies de recherche !

Parlez-vous “carnet de voyage” ? 50e Congrès de l’UPLEGESS

Plénière du vendredi 31 mai au Congrès de l’UGLEGESS, Ecole des Mines à Paris

Quoi de plus naturel que de prendre un carnet pour garder trace ou… retracer une expérience, un voyage.
Le carnet de voyage est notre objet de prédilection pour offrir à nos étudiants un temps non contraint, un temps pour revisiter leurs souvenirs de mobilité tout en les interrogeant, les transformant en mots et en images pour mieux les partager. Les exemples célèbres de carnets transmis par des carnettistes-peintres ou écrivains voyageurs ne manquent pas, de Montaigne à Delacroix dans les siècles passés comme de Nicolas Bouvier à Zao Wou-Ki à l’époque contemporaine, chacun a tenté de “penser le sensible” (LAPLANTINE, 2018), éprouvé leur capacité de jugement, dessiner un “usage du monde” (BOUVIER, VERNET, 1985), avant de nous les partager. “Il est nécessaire de voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui” (MONTAIGNE)
Deux “objets pédagogiques” ont été conçus dans des espaces,- temps distincts – un MOOC né au sein de l’Institut Mines-Télécom, piloté par Télécom Paris et diffusé à l’international sur Coursera et un Prix universitaire conçu par deux universitaires (Bordeaux et Clermont-Ferrand) – deux objets qui aujourd’hui se rencontrent pour mieux se répondre dans leurs dimensions ethnologique, interculturelle (PIERRE, SAUQUET, 2020) et artistique. Le premier objet, le MOOC, prend ses racines dans la pédagogie des Tandems (ESCHENAUER, 2013) portée par les enseignants de langues et cultures de grandes écoles d’ingénieurs. Une démarche centrée sur l’étudiant, engagé dans le respect de l’autre à partager sa langue et sa culture. Le deuxième objet, le Prix, correspond à la nécessité de mettre en forme et en couleurs, la découverte culturelle et patrimoniale par des étudiants inscrits dans des cursus universitaires orientés vers les métiers de l’éducation et de l’enseignement, de la culture et du patrimoine, notamment du livre ou ceux du tourisme, mais aussi dans des cursus en langues, en arts et en sciences humaines.
Nous partagerons nos dispositifs vous engageant à explorer votre propre potentiel réflexif et créatif face à vos voyages, à la rencontre, à l’altérité. Vous pourrez ainsi vous approprier concepts et carnets avant de les mettre en œuvre dans vos propres dispositifs au service de vos étudiants. Des idées de parcours possibles dans votre pédagogie feront l’objet d’échanges et de discussions.

Donner la parole aux langues et au carnet interculturel

Le 50e CONGRÈS UPLEGESS se tient du 29 mai au 1er juin 2024 à Mines Paris PSL et à Paris School of Business. Il est intitulé “Donner la parole aux langues pour une planète apprenante : bilan d’expérience et projets d’avenir”, organisé sous le haut patronage de la Commission des Titres d’Ingénieur (CTI) et de la Conférence des Grandes Écoles (CGE).

Le vendredi 31 mai, nous organisons une semi-plénière intitulée Parlez-vous “Carnet de voyage” ? et nous évoquerons les enjeux pédagogiques du MOOC “Un carnet interculturel pour une mobilité universitaire” et du Prix du Carnet de voyage comme dispositifs pour accompagner les étudiants dans leur mobilité et les enseignants dans leur pédagogie.

Nous partagerons nos dispositifs vous engageant à explorer votre propre potentiel réflexif et créatif face à vos voyages, à la rencontre, à l’altérité. Vous pourrez ainsi vous approprier concepts et carnets avant de les mettre en œuvre dans vos propres dispositifs au service de vos étudiants. Des idées de parcours possibles dans votre pédagogie feront l’objet d’échanges et de discussions.

Intervenants :

  • BROSSAUD, Cécile
    Télécom Paris/Institut Polytechnique de Paris, responsable FLES cycle ingénieur,
    chargée de cours FLE/FLS et de projet e-learning – Cheffe de projet du MOOC
  • ESCHENAUER, Jörg
    Uplegess & Paris Institute for Critical Thinking – co-concepteur du MOOC
  • ARGOD, Pascale
    PRCE en Sciences de l’information et de la communication
    à l’Université de Bordeaux-Montaigne (INSPE & MICA) –
    co-conceptrice du MOOC et du Prix
  • MORGAN-PROUX, Catherine
    Université Clermont Auvergne, Enseignante-chercheuse,
    Angliciste et chargée de mission relations internationales – co-conceptrice du Prix

 

 

Du croisement des langues et de l’anthropologie : le carnet interculturel

Nous avons lancé un séminaire de formation de deux jours, les 1er et 2 décembre 2023 sur le carnet interculturel. Il s’agissait de valoriser le cMOOC « Un carnet interculturel pour une mobilité universitaire » publié sur la plateforme COURSERA. Il a été organisé dans le cadre des 50 ans de l’UPLEGESS, association des enseignants de langues des Grandes Ecoles, et de la manifestation bordelaise « Carnet de voyage, une écriture du monde » lancée par Lettres du Monde.

L’objectif était d’initier, de former et de mener une réflexion collective sur les enjeux de l’interculturel à partir du MOOC et des usages du carnet interculturel qui applique la démarche ethnographique mais aussi l’ethno-fiction en reformulant une expérience personnelle.

Le MOOC propose de croiser le récit de vie et le carnet de voyage afin d’amener au carnet interculturel et repose sur le croisement des disciplines universitaires des Langues & Cultures et de l’Anthropologie. C’est bien le propos de ce séminaire de formation intitulé « Rencontrer l’Autre dans un monde écartelé : de la conception du carnet de voyage à la transformation en carnet interculturel ». Nous avons évoqué en quoi la créativité et la pratique médiatique ou des arts visuels (en faisant réaliser un carnet personnel) facilitent la réflexion sur l’interculturel.

La journée du vendredi 1er décembre a été consacrée à la présentation de la réflexion pédagogique et le samedi 2 décembre a ciblé la mise en pratique, à partir d’un atelier intitulé « langues, ethno et créativité » avec un artiste, de la découverte des carnets de voyage présentés lors de la manifestation bordelaise à l’espace DARWIN et des échanges de points de vue. Ci-joint le programme détaillé sur le site de l’UPLEGESS.

Des prolongements ont été envisagés en lien avec le cMOOC, notamment la constitution d’une communauté de carnettistes interculturels et des liens possibles vers le 10e Prix universitaire du carnet de voyage (université de Clermont-Ferrand).

Pour approfondir :

Pour prolonger le séminaire, sera conseillée la lecture des publications de l’anthropologue François Laplantine, chercheur rattaché à l’unité de recherches (EA 44 26) MICA, Médiations, informations, Communication, Arts de l’université Bordeaux Montaigne.

LAPLANTINE François, La description ethnographique, Editions Nathan, 1996.

LAPLANTINE François, Je, nous et les autres : être humain au-delà des apparences, Paris, Le Pommier, 1999.

LAPLANTINE François, NOUSS Alexis, Métissages : de Arcimboldo à Zombi, Pocket Agora, n°395, octobre 2016.

LAPLANTINE François, Penser le sensible, Pocket Agora, 2018.

ARGOD, Pascale, « Vers une communauté d’apprentissage : le carnet de voyage, outil d’évaluation de la mobilité », Actes du colloque international Education à la mobilité, ESPE de Caen, Université de Caen Normandie, les 23-24 novembre 2017, éditions Lambert-Lucas, décembre 2022.

Colloque EUTIC 2023 : cMOOC pour créer son carnet interculturel

Lors de la 18e Conférence internationale EUTIC 2023 sur le thème “Humanisme numérique et durabilité sociale” organisée par le MICA – ICIN à l’université Bordeaux Montaigne du 11 au 13 octobre 2023, nous avons été honorées de communiquer au sujet de notre MOOC. 

Titre de la communication : cMOOC pour créer son carnet interculturel : connectivisme et design thinking pour s’initier au « regard éloigné »

Le cMOOC intitulé « Un carnet interculturel pour une mobilité universitaire » (l’Institut Mines Télécom et la Fondation Drahi, sur COURSERA), a permis d’envisager la pratique médiatique et artistique et les méthodes visuelles pour l’apprentissage en ligne. L’apprenant retrace et interroge en même temps son expérience d’apprentissage linguistique et des découvertes culturelles, dans un carnet où textes et images, sons et vidéos se combinent. Il s’agit d’expérimenter et d’initier la production d’un carnet à vocation interculturelle qui engage un questionnement. Il fédère une communauté d’apprenants réalisant un « carnet interculturel ». Aussi, nous souhaitons expliciter en quoi la création de cet écosystème numérique d’apprentissage, qui repose sur le design thinking et le connectivisme, faciliterait la réflexion sur l’interculturel et la rencontre de l’autre, convergence d’intérêts de toute mobilité, et une formation au « regard éloigné » (Lévi-Strauss).

Comment « regarder loin » vers des cultures en devenant apprenant du MOOC ?

Mots clés: e-learning, interculturel, connectivisme, design thinking, pédagogie de projet

Teaser à découvrir

Prix universitaire international du carnet de voyage

L’Université Clermont Auvergne et l’Association « Il Faut Aller Voir » ont lancé le 9ème Prix International du Carnet de Voyage Étudiant. Ouvert à toutes les personnes inscrites dans un établissement d’enseignement supérieur en France ou à l’étranger, ce concours unique offre une opportunité de retranscrire une expérience vécue lors d’un voyage permettant aux participants de laisser libre cours à leur sens de l’observation et à leur créativité.

Les carnets de voyage peuvent résulter d’un voyage personnel, d’une mobilité à l’étranger type Erasmus, d’un voyage d’études ou encore d’un déplacement dans le cadre d’un engagement. Les carnets de voyage doivent être réalisés en format « papier », les formats numériques ne seront pas acceptés. Les participant·e·s sont libres de choisir la ou les langues utilisées. La·e lauréat·e du Prix du Carnet de Voyage Étudiant recevra un prix de 500 € et sera invité·e à la cérémonie de remise de prix lors du prochain Rendez-vous International du Carnet de Voyage le 17 novembre 2023.

https://www.uca.fr/actualites/toutes-les-actualites/8eme-prix-international-du-carnet-de-voyage-etudiant

 

Parution “Identités, inclusion et mobilités”

L’ouvrage intitulé « Identités, inclusion et mobilités en contextes éducatifs et professionnels », publié aux éditions Lambert-Lucas, est issu du colloque international « Éducation à la mobilité », organisé à l’INSPE de Caen les 23 et 24 novembre 2017 en clôture d’un partenariat stratégique Erasmus+. Il s’agit d’interpeler le concept de mobilité sous un angle pluridisciplinaire.

Ma contribution à l’ouvrage est intitulée « Compétences mobilitaires et carnet de voyage : vers une communauté d’apprentissage.

La manifestation culturelle et artistique du Rendez-vous du carnet de voyage de Clermont-Ferrand devient le lieu privilégié d’échange de savoirs mobilitaires consignés dans les carnets, donc de médiation de l’éducation à la mobilité. Elle favorise l’émergence d’une communauté de pratique et d’apprentissage du tourisme créatif. A partir du témoignage des primés du Prix universitaire international du carnet de voyage Etudiant mais aussi de voyageurs participants à stages de carnets de voyage à l’étranger proposés par des artistes carnettistes ou des touristes créatifs réunis par cette manifestation (21500 visiteurs), il s’agit de circonscrire l’éveil à l’altérité et les apprentissages informels à travers le médium du carnet de voyage et comprendre comment il retentit sur le voyage. En quoi l’usage d’un carnet de voyage est-il essentiel à la circulation de savoirs qu’il autorise, en partageant une expérience intime ? Des enquêtes menées auprès de différents niveaux carnettistes ou touristes créatifs – ceux qui encadrent (les experts), ceux qui font (les amateurs) et ceux qui découvrent (les novices) – explicitent la mise à distance du regard et l’émancipation identitaire mais aussi la circulation des apprentissages « hors-cadres ».

Le dispositif ERASMUS a, depuis une génération d’étudiants, porté cette idée d’éducation par le voyage et mobilise les enseignants pour ouvrir l’école sur une éducation aux voyages dont le carnet de voyage serait le passeport «sans frontières». C’est la mémoire vive de cet apprentissage informel, devenu apprentissage formel sous l’impulsion de prix, scolaire depuis 2001 et universitaire depuis 2012. La narration de la spatialité dans le carnet de voyage semble une compétence primordiale du rendu de l’expérience du voyage, qu’elle se manifeste à travers l’itinéraire parcouru ou la mise en forme de l’image. Cet apprentissage sensible de la spatialité et de la créativité au fil de la mobilité ouvre de nouvelles perspectives éducatives comme « méthode visuelle en SHS » qu’expérimente l’ESPE d’Aquitaine dans le cadre d’une formation semestrielle au carnet de voyage numérique dédiée aux étudiants en mobilité internationale. L’analyse du panel de ces productions ouvre de nouvelles pistes de recherche à investir dans le champ de l’éducation aux voyages et à la mobilité plus largement.

Une palette de carnets de voyage, de reportage, de patrimoine et de mobilité

Extrait de la deuxième partie de thèse de Doctorat intitulée « Le carnet de voyage : approches historique et sémiologique » (790 pages et corpus de 800 titres). sous la direction de M. Le Professeur Lancien, université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, équipe de recherche GRESIC-MICA (EA 44 26), réalisée en quatre ans de 2005 à 2009  (mention « Très honorable avec félicitations à l’unanimité du jury).

Au carrefour des influences artistiques, des arts graphiques aux arts plastiques, mais aussi des types d’albums ou d’ouvrages illustrés, le carnet de voyage connaît un réel engouement tant de la part des artistes illustrateurs que des lecteurs à la quête de nouveautés. Il offre une palette de regards sur le monde et sur l’Autre qui révèle la richesse et la variété de ce médium, apparu il y a plus d’une  vingtaine d’années, dans le monde de l’édition. Cet album oscille entre le guide touristique et le livre d’art et cherche une voie originale dans le monde du livre et de l’édition. A travers un inventaire de quelque six cents carnets de voyage, non répertoriés comme tel dans les bases de données, et au fil des neuf années de Biennale, j’ai pu appréhender l’étendue thématique des sujets abordés par le carnet de voyage qui s’intéresse autant au voyage lointain qu’au voyage proche. Des caractéristiques ont pu en être dégagées, d’une part concernant les regards portés sur l’environnement et le monde et d’autre part l’inscrivant dans le genre du reportage graphique.

A travers une géographie à la fois vécue et perçue, le rayonnement thématique du carnet de voyage est étendu : le regard sur un pays, l’inventaire de la nature, la médiatisation des expéditions scientifiques, la mémoire patrimoniale en architecture et en archéologie, la valorisation du tourisme régional. Quel que soit le style de voyage, maritime, expédition polaire, voyage au long cours, l’expérience sur le terrain et l’étude de l’espace sont les fondements de la démarche du géographe ou de l’ethnologue carnettiste qui étudie l’espace à travers une géographie vécue et perçue au fil de la diversité culturelle. Les dessinateurs naturalistes fondent aussi leur science sur l’observation du terrain en dressant l’inventaire illustré de la nature afin de sensibiliser à la préservation de la biodiversité. Les carnettistes illustrateurs naturalistes voyagent à la quête des beautés naturelles et publient leurs carnets naturalistes dans des collections qui ont émergé dans l’édition à partir de 1991. Les naturalistes animaliers ont une préférence pour l’Afrique Australe et l’ornithologie est la spécialité plus répandue grâce au carnet d’observation. La médiatisation des expéditions scientifiques de chercheurs se fait à travers le journal de bord en ligne qui fait dialoguer les arts avec les sciences et qui diffusent les expéditions culturelles, anthropologiques et d’aventure ainsi que les expéditions environnementales d’enfants. Certains carnets de voyage contemporains se tournent vers l’architecture et l’archéologie afin de sensibiliser les lecteurs au patrimoine à travers les relevés d’architectes. Le carnet d’esquisse des architectes se présente sous la forme d’un carnet d’idées, de rough et de projets, parfois sous la forme d’un carnet de recherches expérimentales et graphiques. Des célèbres carnets de Le Corbusier, à propos de son Voyage d’Orient  vers Constantinople, aux projets d’architecture des jeunes architectes diplômés, le carnet de voyage semble avoir des émules. En effet, quelques carnettistes illustrateurs sont architectes et valorisent notamment le patrimoine urbain. Quant aux archéologues, leur carnet de fouille peut s’avérer un carnet de voyage, comme c’est le cas pour J.C. Golvin. Décliné comme un guide patrimonial, il valorise ainsi le tourisme régional et offre un intérêt marketing évident pour le monde de l’édition. D’ailleurs le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, classé au patrimoine mondial de l’humanité, qui s’inscrit dans la filiation du carnet de pèlerin, jouit d’un engouement éditorial.

La palette thématique du « reportage graphique » de voyage se décline sous toutes les formes : carnet de guerre, album photographique, B.D.-reportage, carnet de dessin de presse, carnet reportage, carnet de société, de mission ou d’expédition. Ainsi, comment caractériser chacun d’eux ? Les nomme-t-on carnet de voyage ou carnet de reportage ? Chacun des carnets a son langage, voire son médium iconographique propre : dessin, photographie, vignette et phylactère, dessin humoristique…Quels sont les points communs avec le carnet de voyage ? Seraient-ils des sous-genres du carnet de voyage ? Les chroniques, les journaux intimes et les carnets de guerre, inspirés du livre de raison de l’histoire familiale, se situent en effet aux limites du genre « carnet de voyage » puisque Renefer, Otto Dix et Mathurin Méheut laissent le témoignage poignant de la guerre des Tranchées, qui oscille entre la chronique et le journal intime illustré. Law Lariston, sous l’Occupation, et les carnets de déportés offrent une autre vision de l’horreur. Par ailleurs, comment situer l’album photographique de voyage par rapport au carnet de voyage ? C’est bien difficile dans la mesure où, pour le Prix de la Biennale du carnet de Clermont-Ferrand, ce type d’album n’a pas été accepté contrairement à ceux qui présentaient des techniques mixtes d’iconographie. Néanmoins, c’est le Prix Kodak organisé par La société des explorateurs français qui auraient lancé le terme « Carnet de voyage » en 1969. La tendance « Scrapbooking », destinée à  personnaliser l’album, s’inscrit-elle dans la filiation du carnet de voyage ? Comment qualifier le travail plastique de Peter Beard qui a fait connaître ses « diary » en France lors d’une exposition en 1996 au Centre national de la photographie ? Identifié comme le précurseur du carnet de voyage avec son art du collage, de la photographie au photomontage, Peter Beard livre pourtant une vision originale du genre. Les peintres photographes, tels que Tony Soulié, ou photographes voyageurs, comme Sylvain Tesson, trouvent-ils leur voie artistique dans le genre carnet de voyage ? D’autres photographes préfèrent dialoguer avec un aquarelliste et offrent un livre d’artiste qui croise deux regards. Le reportage graphique s’illustre à travers la bande dessinée et à travers le carnet de voyage. En effet, la B.D.-reportage est lancée avant le carnet de voyage, au début des années 80, et récemment redécouverte avec l’exposition rétrospective « BD Reporters » à Beaubourg. La plupart des dessinateurs reporters ont vécu, de 1990 à 2000, une dizaine d’années de succès qui ont ouvert la voie au carnet de voyage. La bande dessinée d’actualité et de reportage social a acquis sa reconnaissance depuis le festival d’Angoulême en 2004 l’attribution du Prix France Info de la bande dessinée d’actualité et de reportage. Quant au dessin de presse, il permet un regard critique sur la différence culturelle que Cabu, Patrick Chapatte et Wolinsky rehaussent d’un trait d’humour. Les carnets de voyage « reportage », signés de journalistes, soulignent l’actualité géopolitique et brûlante, notamment au Moyen-Orient, et dénoncent les conflits contemporains. La valeur du témoignage et la violence portée par le dessin donne alors une dimension particulière aux carnets qui rappelle celle des carnets de guerre. Les carnets engagés de reportage social, de mission ou d’expédition sont ethnographiques ou sociologiques et utilisent l’art du portrait pour favoriser la rencontre avec l’autre. Leur dimension peut être éducative s’ils favorisent la découverte des institutions politiques ou des missions humanitaires comme les « carnets de mission ». Du documentaire au livre d’artiste, le carnet de voyage, en déployant sa palette de tons, ouvre à une vision plurielle et multiforme du monde et de l’ailleurs. Sa désinvolture formelle et sa liberté d’expression soufflent d’un vent de créativité sur le monde de l’édition.