Les 20 ans du Musée du Quai branly

Le Musée du Quai Branly Jacques Chirac à Paris fête ses vingt ans. Plusieurs évènements sont initiés :

En 2011 – 2012, le musée a mis en œuvre « le carnet de l’aventurier ethnologue » à destination du public scolaire. et a initié une conférence dans le cadre de l’action « les Chercheurs d’art au musée du quai Branly » qui était intitulée « Le carnet de voyage de l’anthropologie à l’exotisme : un voyage dans le musée pour éduquer au regard et initier à la recherche sur l’interculturel ».

Le carnet de voyage aux sources de l’anthropologie avec les carnets de Gauguin, de Paul -Emile Victor, de Théodore Monod, entre autres, a été relancé en tant qu’un outil de médiation pour les collections ethnographiques. La plupart des musées et sites historiques l’utilisent après du public scolaire et développent aussi des applications numériques afin de s’approprier le patrimoine.

« Mon voyage prend décidément pour moi la valeur d’une expérience sincère : confrontation sur le terrain de l’imaginaire et du réel. » Victor Segalen

Le carnet de voyage généalogique et le carnet de voyage des racines

Ce carnet de voyage généalogique ou carnet de voyage des racines serait un compte-rendu d’une généalogie de terrain, d’une pratique in situ, d’un voyage initiatique spécifique, celui des origines identitaires afin de découvrir concrètement ses racines en se rendant sur les lieux de vie de ses ancêtres. D’ailleurs, la Revue de recherche internationale TEOROS, si renommée, avait proposé un numéro spécial intitulé  « Tourisme des origines – Tourisme autochtone »

Présentation du numéro de TEOROS : « Découvrir la terre des ancêtres, renouer les fils de la généalogie familiale, faire l’expérience concrète du pays d’origine telles sont quelques-unes des motivations qui poussent les descendants de migrants et d’exilés à effectuer ce parcours touristique initiatique. Si le phénomène a maintes fois été l’objet de récits mythiques et quasi-mystiques pour la littérature et le cinéma, il constitue plus concrètement un ensemble incontournable de pratiques à étudier tant il influence les touristes et l’industrie du voyage. Le numéro “Tourisme des racines : expériences du retour” de la revue Téoros souhaite faire un état des lieux du phénomène touristique du retour en s’intéressant à ses spécificités et ses déclinaisons, ses enjeux socio-culturels, économiques et politiques, ses acteurs et ses structures. »

Nos cousins Québécois viennent chez nous pour découvrir le vieux continent et renouer avec leurs racines lointaines. S’adonnent ils à la pratique du carnet de voyage ? Comment est-ce qu’ils rendent compte de leur voyage en France ciblé sur leur quête généalogique ?

Pour l’anecdote, je me rappelle des Québécois rencontrés en voyage le long du St Laurent qui étaient enchantés que je sois Charentaise afin de questionner mes liens de famille avec Samuel Champlain et Jacques Cartier. J’avoue que nous avions partagé un bon fou rire. Si j’avais une telle lignée dans mes aïeux, nous aurions pu partager notre arbre généalogique avec enchantement, encore plus pour moi peut-être que pour mes cousins Québécois ! L’échange entre nous est révélateur de l’esprit du Nouveau continent, car, en effet, les Nord-Américains souhaitent découvrir les lieux de vie et de mémoire de leurs ancêtres partis peupler la Nouvelle-France (Canada, Acadie et Louisiane) aux 17e et 18e siècles. Les Acadiens apprécient découvrir certaines régions de leurs ancêtres comme le Poitou – Charente (dont Brouage, la Rochelle), Nantes, Belle Ile en Mer, Saint-Malo…Les Américains ont aussi alimenté le tourisme des origines vers le continent africain, notamment à la suite de tests ADN.

Aujourd’hui, on parle de « tourisme généalogique » qui s’avère en plein essor : soit, en France, 500 000 personnes s’y adonnent avec enthousiasme, d’après le voyagiste spécialisé Racines Voyage. Pour plus d’informations, voir l’émission Grands Reportages diffusée sur la chaîne de télévision TF1 en mars 2026 au sujet du « Tourisme des origines : des voyages pas comme les autres ».

La recherche généalogique découle d’une motivation identitaire: retracer l’histoire familiale. Finalement, il s’agit autant d’un moyen de se distinguer que d’immortaliser le passé, surtout si une publication est envisagée. Cette recherche nécessite la tenue d’un carnet pour consigner les découvertes. Alors, le carnet de voyage serait-il un outil pertinent pour médiatiser le voyage « retour aux sources » ? A quel temps, le voyageur – chercheur –  généalogiste utilise-t-il un carnet ? Quel est le type de carnet numérique, transmédia ou multimodal choisi ?

Les trois temps du voyage sont toujours explorés : la quête généalogique en amont, le voyage sur les lieux de vie des ancêtres, puis l’écriture du récit pour la famille et les amis. A chaque étape le carnet évolue, passant du carnet de recherche au carnet de voyage puis au carnet médiatisé.

Quelques pistes de réflexion qui seraient à mener :

  • Comment l’arbre généalogique se transforme-t-il en carte géolocalisée et documentée ?
  • Comment penser un carnet numérique adapté au carnet de voyage généalogique ?
  • Comment retranscrire la quête identitaire ?
  • Comment évoquer le retour aux sources ?
  • Comment intégrer l’ensemble des traces, des documents authentiques et des éléments historiques ?
  • Comment s’articulent textes et images ?
  • Comment concilier le carnet temporel et le carnet géographique ?

Trois champs de recherches universitaires seraient à investiguer :

  • Comment apprécier le voyage formatif pour la recherche identitaire ?

Il s’agit d’enquêter auprès des voyageurs généalogistes et de découvrir leur pratique en voyage, dans leur confrontation aux lieux de l’histoire familiale des ancêtres et de découvrir la transformation de soi et la recherche identitaire qu’elle apporte. Plus que la réflexion interculturelle, ce serait celle de l’identité culturelle qu’il s’agit d’investiguer : la transformation de soi par un retour aux sources. Il s’agit toujours du voyage initiatique qui me tient à cœur !

  • Comment en Charente les touristes Québécois utilisent le carnet de voyage ?

C’est un sujet que j’aimerais approfondir dans le cadre de mes recherches universitaires et d’ouvrir sur la francophonie (la langue française et le patois charentais en référence aux recherches de ma mère F. Argod-Dutard à l’université Bordeaux – Montaigne). Je pourrais renouer avec la géographie, l’une de mes disciplines universitaires, d’autant plus qu’elle concerne la médiation du patrimoine et du tourisme, thème de mes recherches au croisement des Sciences de l’Information – communication et de la géographie et finalement à relier avec l’interculturel (cf au cMOOC sur la plateforme de formation COURSERA).

  • Comment le genre carnet de voyage pourrait-il être redéfini d’après toutes les différentes pratiques généalogiques ?

Les pratiques de la généalogie seraient à catégoriser afin d’appréhender la diversité des traces collectées : les retranscriptions, les notes, les arbres généalogiques, les cartes mentales, les documents utilisés…Comment le carnet de voyage favorise t-il une mise en forme d’une narration dans le temps et dans l’espace ? Qu’il soit carnet de voyage généalogique, carnet des origines, carnet des racines, cet objet de recherche est à investiguer dans mes recherches universitaires à partir de la rentrée prochaine.

  • Quelle médiation du tourisme et du patrimoine propose le carnet de voyage généalogique ou carnet de voyage des racines ?

Cet outil serait-il pertinent pour médiatiser le tourisme des racines et le tourisme généalogique ? Comment les organismes culturels, les sites liés à l’histoire transatlantique, les municipalités, les offices de tourisme pourraient ils le valoriser comme outil de communication des échanges inter peuples ou inter pays (France – Québec par exemple) ? Des artistes carnettistes vont-ils s’emparer de ce type de carnet de voyage pour en redéfinir le genre, le métamorphoser et apporter une narration transmédia originale ?

Un nouvel horizon à découvrir !

Deux articles de presse pour prolonger la lecture :

 

Le carnet de voyage génétique, des migrations et des métissages

Le carnet de voyage en sciences ouvre sur tous les voyages de toutes les espèces et leur écosystème sur la planète mais aussi peut aussi partir sur les pas de scientifiques et de leurs découvertes. Nous avions déjà évoqué le voyage de Darwin, l’évolution des espèces, les voyages des plantes, des aliments…et bien d’autres carnets proposés aux élèves afin de parfaire leur culture scientifique dans un esprit d’investigation et de curiosité.

Concernant les migrations et les évolutions, nous avons parlé de l’ADN et des découvertes de la génétique et de l’épigénétique. En 2010, la paléogénétique a révélé le séquençage du premier génome de Néandertal et penche vers un métissage entre deux espèces avec l’introduction de variants génétiques néandertaliens chez Homo sapiens. Mais un autre hominide a été découvert en Sibérie: « Denissova ». La paléogénétique révèle qu’il s’est métissé avec les ancêtres des populations asiatiques et océaniennes actuelles. La science interroge en effet l’ADN afin de savoir où ces métissages se seraient produits et quels sont les impacts sur les populations d’Homo Sapiens. Il y a environ 750 000 un hominidé est sorti d’Afrique et s’est répandu en Eurasie. 400 000 ans plus tard, deux groupes en sont issus : Néandertal à l’ouest et Dénisova à l’est. Il y a 50 000 ans, Sapiens cohabitait donc avec Néandertal, mais aussi avec une troisième espèce, l’homme de Denisova. De plus, la paléogénomique est une aide précieuse afin de reconstituer des génomes anciens (animaux, végétaux ou encore microbiens) et de tenter de retracer l’histoire de l’humanité.

Ce projet de carnet de voyage scientifique s’inscrit dans le programme de SVT, Sciences et Vie de la Terre, de la classe de Terminale porte sur « Génétique et évolution » : « On se place ici dans une perspective évolutive permettant aux élèves d’identifier une diversité de mécanismes impliqués dans l’évolution du vivant et de relier ces mécanismes à leurs conséquences évolutives à l’échelle des individus, des populations et des écosystèmes. Il ne s’agit donc pas d’étudier les mécanismes génétiques et non génétiques pour eux-mêmes. » (extrait des programmes).

Réaliser un projet de carnet de voyage scientifique qui croiserait les sites de découverte des restes d’hominidés et les migrations mises à jour par la paléogénétique serait alors pertinent. Pourquoi pas en vue de l’épreuve du Grand oral au Baccalauréat mais aussi dans le but de mettre en exergue l’avancée des sciences de l’homme. Une carte des métissages et des migrations des origines de l’homme serait alors une forme de carnet de voyage à partir des hypothèses scientifiques et de la démarche d’investigation en sciences qui serait à formaliser.

A nos élèves de retracer les recherches actuelles sur les trois hominidés et les derniers programmes de recherche qui leur sont consacrés ! Du carnet de voyage au carnet de chercheur débutant, le voyage concerne alors autant l’espace que le temps, celui des origines.

De plus, une étude paléogénétique majeure publiée mi-avril 2026 dans la revue Nature démontre, en explorant l’ADN de nos ancêtres, que la sélection naturelle s’est accélérée au cours des dix derniers millénaires. Notre patrimoine génétique évoque comment nos modes de vie ont sculpté notre santé actuelle. Un champs de la recherche en SVT en plein essor !

Quelques ressources :

Carnets de voyage de marins

Le musée national de la Marine a consacré sa 11e journée d’étude aux carnets de voyage qui s’est déroulée le 6 novembre 2025. Cette journée a été coordonnée par Clémence Laurent, chargé des collections arts graphiques au musée national de la Marine.

Le monde maritime entretient en effet un lien privilégié avec le carnet de voyage. Qu’il s’agisse de peintres de la Marine, d’officiers formés au dessin, ou de savants voyageurs embarqués à travers le monde, de nombreux navigateurs ont laissé un témoignage écrit et illustré de ce qu’ils ont vu au cours de leur périple. Le musée conserve quelques carnets dans ses collections patrimoniales, assez peu étudiés jusqu’à maintenant. Un des enjeux de cette journée sera justement de tenter d’en définir les contours. Nous ne nous limiterons pas au seul horizon maritime, au contraire. Il s’agira aussi de pouvoir les faire entrer en résonnance avec d’autres collections et d’autres usages à travers l’histoire, jusqu’à aujourd’hui.

De format hybride, à la croisée de différentes techniques (écrits, dessins, collages etc.) et typologies (est-ce une œuvre ? est-ce une archive ?), hérité de pratiques artistiques et ethnographiques, le carnet de voyage est un objet difficile à classer. Palimpseste de l’artiste, laboratoire du chercheur explorateur, il témoigne d’un regard singulier : que retiennent, notent, illustrent ces voyageurs loin de chez eux ? Pour quels usages et postérité ? Et au-delà de la subjectivité dont il est la trace, que dit un carnet de voyage d’une époque, d’un imaginaire collectif, de la construction d’un savoir ?

Plusieurs axes ont été explorés lors de cette journée :

  • Le carnet de voyage comme document scientifique et archive historique
  • Le carnet de voyage comme témoignage d’une pratique artistique
  • Sa matérialité (restauration, valorisation)
  • Son actualité

Sur les pas d’une photographe reporter

L’exposition « Lee Miller » au Musée d’art moderne de Paris rend compte du parcours d’une femme mannequin renommée à New York de la fin des années 1920 et qui fut ensuite reconnue comme la muse de l’artiste Man Ray, membre du mouvement dadaïste et surréaliste.

Née le 23 avril 1907 à Poughkeepsie dans l’État de New York aux États-Unis et morte le 21 juillet 1977 à Chiddingly dans le Sussex de l’Est au Royaume-Uni. Elle participa avec Man Ray, dont elle partageait la vie, à la découverte de nouvelles techniques de photographie dont celle de la solarisation.

Après s’être émancipée de Man Ray, Lee Miller est devenue une artiste photographe pour la revue Vogue et lança seule son propre studio de photographe à Paris tout en gardant des liens avec ses amis surréalistes. Ses photographies, singulières par leur cadrage oblique et les angles de vue insolites, sont exposées dans les galeries parisiennes aux côtés des grands photographes de l’époque.

Après une vie aventurière qui l’amène à voyager, Lee Miller est l’une des rares femmes photographes à obtenir une accréditation de correspondante de guerre américaine durant l’hiver 42. Elle couvre le conflit et consacre de nombreux reportages aux femmes engagées dans la guerre (infirmières et aviatrices) qui paraissent dans le Vogue britannique et américain. Après le Débarquement de juin 1944, elle traverse la Manche pour suivre l’avancée des troupes alliées et en avril 1945, aux côtés du photographe de Life David E. Scherman, Lee Miller se rend à Dachau et Buchenwald juste après la libération des camps. Ses clichés publiés dans Vogue sont parmi les premières à révéler au grand public l’entreprise d’extermination de masse des nazis.

L’exposition met en lumière son parcours de femme artiste en 1930 puis de reporter de guerre à la fin de la Seconde guerre mondiale, combattante et engagée (Podcast de Radio France) : une émancipation de la femme en Europe à ce tournant historique du XXe siècle. Organisée à l’initiative de la Tate Britain et en collaboration avec l’Art Institute of Chicago, l’exposition réunit près de 250 tirages anciens et modernes, dont plusieurs inédits.

Elle donne envie de réaliser un projet pluridisciplinaire en classe de collège ou de lycée car le parcours extraordinaire de la photographe qui croise l’histoire des arts et la tragédie de la seconde guerre mondiale, évoque l’émancipation des femmes au début du XXe siècle. Sur les pas de Lee Miller, ce carnet de voyage pourrait interroger les valeurs qui sous-tendent son parcours : liberté, créativité, force, ténacité, intelligence sensible, devoir d’information.

Des arts aux sciences, l’histoire des femmes a souvent été dissimulée, aussi le projet pourrait s’étendre aux femmes scientifiques qui ont œuvré pour la science à travers le nom de leur mari, savant reconnu et seul auteur de la découverte publiée. Une série en stop motion diffusée sur ARTE Cherchez la femme ! met en lumière le parcours de la femme occulté derrière l’homme scientifique découvreur : Cherchez la femme ! Trente épisodes, ARTE.

Le carnet de voyage spectacle et théâtralisé

Le Grand Hôtel des Rêves est un hôtel particulier parisien, situé près de Jussieu dans le 5e arrondissement de Paris, qui a été rénové afin de proposer une scénographie pour voyager dans les rêves, l’imaginaire et le temps. L’objectif est d’offrir aux visiteurs et aux familles des aventures théâtrales hors normes et très créatives, c’est à dire des “spectacles immersifs”.

J’étais été subjuguée par la qualité du spectacle intitulé « Le voyage extraordinaire de Jules Verne », mis en scène par une troupe de théâtre qui nous fait déambuler au fil des pièces et des scènes dans la biographie de Jules Verne, « visionnaire et poète des machines », et dans certains de ses romans les plus renommés. Mystère, suspens et enthousiasme emportent les visiteurs dans l’aventure et les découvertes scientifiques. Petits et grands deviennent explorateurs et s’émerveillent du jeu des personnages et des détails des huit décors proposés: la maison de l’éditeur – imprimeur Pierre-Jules Hetzel, le Nautilus, le laboratoire – cabinet de curiosité, le monde en 80 jours, le voyage vers la lune…Tant de rêves sous nos yeux ébahis pour plonger dans l’enfance ! Les acteurs donnent vie à ce lieu somptueux, même Jules Verne nous attend au final de l’aventure pour la dédicace ! Les dialogues mettent en valeur l’art de l’écriture en expliquant les inspirations de Jules Verne. Quatre-vingt ans avant le lancement d’Apollon 11, Jules Verne en rêvait déjà dans son roman d’anticipation « De la terre à la lune » paru en 1865.

Epoustouflant que cet hymne à la science et à l’auteur visionnaire !

Vivre ce carnet de voyage théâtralisé dans le temps, c’est parcourir un carnet de voyage multi arts sur les pas de l’écrivain visionnaire. Les soixante-deux romans « scientifiques » de la collection Les Voyages extraordinaires ont consacré son auteur, Jules Verne, comme le 2e écrivain français le plus traduit au monde.

A l’heure du tout écran, quel réconfort que cet éveil à la curiosité, à la lecture et à la science mais aussi au théâtre avec des acteurs incarnés et réels !

                                  Vive le spectacle vivant !  

Carnet de voyage immersif et carnet de patrimoine immatériel

Les cités immersives sont un concept de transmission du patrimoine culturel innovant qui repose sur quatre concepts : immersion, émotion, quête et connaissance. Comme le présente le site web et selon la citation ci-dessous :

 « Le parcours mélange les genres avec des éléments de décor, des spectacles audiovisuels et des effets spéciaux inspirés des parcs à thème ; des éléments de l’escape game avec des mécanismes secrets, des défis et des jeux ; et un musée traditionnel avec des objets de collection et une médiation scientifique rigoureuse. Le parcours, en déambulation libre, est rythmé par des portraits vidéo d’acteurs qui interprètent des personnages historiques et bâtissent un arc narratif. Le visiteur termine sa visite par un spectacle en vidéomapping à 360° qui permet d’approfondir la découverte tout en se relaxant en position assise ou allongée. D’une durée de 20 à 25 minutes, le spectacle est divisé en plusieurs chapitres, permettant au public de rentrer et de sortir de la salle des rêves en fonction du rythme de sa visite. »

La Cité immersive des fables située à proximité des Champs Elysées à Paris offre une exposition sensorielle et immersive qui revisite les fables de La Fontaine. Le parcours immersif repose sur une mise en scène innovante mêlant narration, technologie et muséographie. Des projections vidéo à 360°, des jeux de lumières, une spatialisation 3D du son facilitent l’immersion. Des personnages réinventés et des dialogues explicitent l’ironie des textes de l’époque. Des comédiens renommés donnent vie aux personnages des Fables de la Fontaine et mettent en scène le regard critique de Jean de La Fontaine sur la société et les caractères humains.

D’autres Cités immersives sont en cours de réalisation dans de nombres villes de province. La première portait sur les Vikings à Rouen et a eu un succès retentissant. Elle repose sur les quatre types d’expérience visiteur : sensorielle, narrative, pédagogique et ludique. « Le parcours retrace un siècle d’invasions vikings le long de la Seine, jusqu’à ce que leur chef, nommé Rollon, décide de faire la paix et de fonder cette région qui rayonne depuis plus de 1000 ans. »

Ces nouveaux carnets de voyages imaginaires immersifs ouvrent aux multi arts et à l’intermédialité afin de renouveler la médiation du patrimoine culturel immatériel. Le voyageur est bien le visiteur à l’échelle de son expérience immersive et sensorielle dans la Cité immersive. Les quatre concepts énoncés – immersion, émotion, quête et connaissance – ne sont-ils pas une définition du « carnet de voyage » ? Peut-on parler de « carnet de voyage » ou plutôt essayer de définir « le carnet de patrimoine immersif » ?

Carnet de voyage en Préhistoire

Après plus de 10 ans de tournée mondiale et 2 ans de refonte à Montignac, l’exposition « Lascaux 3 » a ouvert ses portes à Cap Sciences (Bordeaux) durant l’été 2025. La Préhistoire, étudiée à l’école primaire, ouvre des voies d’exploration pour l’outil pédagogique « carnet de voyage » et initie un voyage dans le temps autant que dans l’espace, celui de la Dordogne ou du Pays Basque Espagnol. Un itinéraire créatif pourrait faire découvrir des paléosites ou des parcours géographiques selon l’homme voyageur en Préhistoire, Néandertalien, Cro-Magon ou Homo Sapiens. Les migrations ont créé l’espèce humaine, son implantation et l’histoire, aussi le carnet de voyage serait-il un outil pédagogique adapté à l’enseignement de l’histoire. 

Dans l’édition, un carnet de voyage « Dans les pas de Cro-Magnon » a été publié par Bernard Henriette en 2011, puis dix ans plus tard, un autre par Muriel Zürcher en 2021 sous le titre « Demain, on part à la préhistoire : le premier carnet de bord pour remonter le temps ». Avec le pôle international de la Préhistoire en Dordogne, d’autres publications pourraient être évoquées, notamment le long de la Vallée de la Vezère. Concernant l’homme de Néandertal, deux sites semblent incontournables à découvrir : le musée de la Chapelle aux Saints et le Paléosite sur les traces de Pierrette.

Un projet « Marcher depuis la nuit des temps » a été lancé en 2024 afin de découvrir le patrimoine local en participant à un projet multirégional et réaliser un carnet de voyage. Suite aux deux pérégrinations de sept semaines en 2023 et en 2024 entre la grotte Chauvet en Ardèche et la grotte de Lascaux en Dordogne, une revue a regroupé les témoignages. Ce projet a pour objectif de faire découvrir le patrimoine préhistorique et leurs traces d’occupations retrouvées autour des Eyzies, en faisant participer les élèves à un projet plus large et multirégional. « Marcher depuis la nuit des temps » est porté par l’agence Monik LéZart pour lequel le Musée national de Préhistoire est partenaire. Ce dernier consiste en un itinéraire pédestre sur le thème de l’imagination et de la créativité, entre Chauvet et Lascaux. Il associe des chercheurs et des artistes comme marcheurs sur différentes parties du parcours défini. Les classes participantes produisent un carnet de voyage et des cartes postales sonores.

Dans le Pays Basque espagnol, dix-sept grottes ornées datant du Paléolithique ont été ajoutées en tant qu’extension du site de la grotte d’Altamira, inscrit en 1985, entre autres les grottes préhistoriques de Cantabrie.

A nous d’imaginer un projet transfrontalier sur l’art pariétal pour lancer un projet éducatif e-Twinning inter classes !

Prix Vulcania et carnet Arts et Sciences

Ce concours Vulcania illustre les liens Arts & Sciences que nous essayons de lancer à l’université de Bordeaux. Ce concours destiné aux explorateurs de la terre a été créé en collaboration avec Vulcania, Parc à thèmes du Puy-de-Dôme, dédié aux mystères des volcans et de notre planète.

Il récompense des carnettistes qui réalisent un carnet de voyage en lien avec « l’Aventure de la Terre » : nature, histoire, société, mythes, légendes ou tout autre sujet directement lié à la région concernée par le carnet proposé. Le ou la lauréat(e) de chaque édition se voit récompensée d’une bourse pour lui permettre de partir explorer une destination volcanique afin de créer un nouveau carnet, qui sera exposé à son tour à Vulcania puis au Rendez-vous International du Carnet de Voyage l’année suivante.

Maéva BÉNARD, Au fil des saisons, culture nippone illustrée

Jérémie BONAMANT TEBOUL, Paré pas paré ? (Île de La Réunion)

Juliette CUENOT, Aux racines du Brésil

Karine SAUNIER, Bolivie – Carnet d’altitude

Adeline TERPO, Santo Antão, la basaltique du Cap-Vert

 

Carnet de patrimoine régional en France

Les carnets de patrimoine régional en France forment la palette de la diversité de nos régions comme de notre patrimoine matériel et immatériel…autant dire une inépuisable source d’inspiration pour découvrir et se saisir de nos pinceaux et couleurs. Le patrimoine immatériel ouvre un champs d’investigation au cœur de l’ethnologie régionale, mais aussi à la quête des artistes et des artisans qui ont façonné l’image et la spécificité de chaque région. Des carnets d’artisanat et des carnets d’artiste en sont le témoignage, auxquels nous pourrions ajouter des carnets de langues régionales et des carnets de festivités (musique, danse, théâtre, croyance et religion) afin de compléter nos carnets de patrimoine régional et favoriser la médiation du tourisme culturel.

Carnet de tissus et de couleurs / carnet de voyage dans l’artisanat français

Une collection de documentaires diffusés par Public Sénat intitulée « Patrimoines de France » raconte la diversité de notre culture hexagonale, toujours vivante et revisitée par les jeunes générations. Parmi les séries proposées, deux sont particulièrement intéressantes travailler avec des classes sur le sensible et l’artisanat, sujets porteurs de projets de carnet de voyage : « Etoffes de France » et « Couleurs de France ». Ces documentaires confrontent deux régions emblématiques de la production de textile et celle de couleurs. La sériculture (vers à soie) pour la soie dans les Cévennes et la fabrication du lin dans le Nord de la Bretagne ont fait la renommée de la France comme la réalisation des couleurs avec le pastel dans la région toulousaine – Occitanie et les ocres du Roussillon dans le Lubéron. Tisser des liens entre ces deux artisanats dans un carnet de voyage historique en France permet de découvrir quatre régions françaises et leur patrimoine culturel : Cévennes, Bretagne, Occitanie et le Lubéron.

Carnet d’artiste sur la Côte d’Azur, terre des arts

Terre des arts comme des artistes, la Côte d’Azur sur la Méditerranée est un enchantement pour se plonger dans l’art. L’inspiration y a pris naissance pour tant de peintres, Picasso, Bonnard, Matisse, Chagall, Renoir, Staël qui s’y sont installés ou encore Cocteau à Menton.  Mais n’oublions pas la sculpture, la céramique, l’architecture, le design, la couture et le cinéma à Cannes ou à St Tropez, le jazz à Juan-les-pins…Quelle richesse ! C’est à Nice que tout a commencé avec la naissance de la Riviera à la fin du 18e siècle; cette terre est devenue un lieu de villégiature luxueux pour l’aristocratie russe et anglaise (voir la série « Invitation au voyage » d’ARTE). A vous de réaliser votre carnet de voyage selon vos goûts artistiques et votre désir d’émerveillement et de sublime !

Afin de tracer votre carnet de voyage, trois ressources documentaires à découvrir : « Côte d’Azur sur les traces des grands peintres », « 10 coups de cœur artistiques sur la Côte d’Azur » et « Les 6 étapes sur les traces des peintres ».

Surtout ne pas oublier de visiter les villas époustouflantes de St Jean Cap Ferrat et la sublime Fondation Maeght qui les plus beaux lieux de toute la Côte d’Azur ! Des coup de coeur qui font battre celui qui a une âme d’esthète : Villa Ephrussi de Rothschild, Villa Kérylos de Théodore Reinach, Fondation Maeght,

plus loin, à admirer la villa E-1027 d’Eileen Gray à Roquebrune Cap Martin, la villa Noailles de Mallet-Stevens à Hyères, le Palais Bulles de Pierre Cardin à Théoule-sur-Mer (Cannes).

 

Carnet de voyage mémoriel sur l’héritage familial

Le carnet de voyage mémoriel ou carnet de mémoire personnelle peut porter sur l’héritage familial, sur la vie de nos aïeux, sur nos origines familiales et dressait ainsi une esquisse de généalogie en partant découvrir les lieux de vie des grands-parents. Il s’agit alors de reconstituer le tracé des vies qui nous ont succédé, de vivre un carnet d’un voyage aux sources de ce qui fait l’héritage de chaque famille, de son identité et de sa destinée. Ce carnet de patrimoine immatériel rend compte des voyages des membres de la famille au fil des décennies ou des siècles. Ces migrations (émigrations ou immigrations qui forgent autant une nation qu’une famille) constituent l’itinéraire ou le chemin de fer du carnet qui croise souvent des évènements historiques ou des décisions d’émancipation. Ce voyage initiatique des origines est lié à la quête d’un renouveau personnel et d’un passage nécessaire pour dépasser une épreuve et rechercher un sens à sa vie, parfois pour prendre une décision personnelle de changement de cap ou d’horizon.

Le film « Sur les pas de ma grand-mère » (1h05/ Babylon Irie) de Lola Peploe est un de ces carnets de voyage mémoriels à découvrir et il est proposé sur arte.tv. du 1er juin au 31 août 

Alors qu’elle s’apprête à accueillir son premier enfant, Lola Peploe part sur les traces de sa grand-mère défunte, «Cloclo», peintre paysagiste à l’esprit libre. Baignée par les lumières méditerranéennes, cette méditation sur l’art et la transmission est un carnet de voyage à la quête des aïeux et de l’héritage familial. Le dialogue entre passé et présent ouvre sur des questionnements de future mère aux choix de vie de celle qui l’a précédée. Le chemin de vie et les œuvres picturales de l’artiste peintre sont mises en parallèle et évoque le choix de vie qu’exige le travail artistique en lien avec une plongée en soi autant que dans le paysage, une communion avec l’environnement naturel.

Afin de brosser le portrait intime de sa grand-mère admirée, la réalisatrice assemble une palette de matériau documentaire : enregistrements vocaux, lettres lues par Charlotte Rampling, films et photos de famille, immersion dans ses toiles, témoignages de ses enfants et de Bernardo Bertolucci. Un voyage mémoriel dans les pas d’une femme éprise de liberté et de beauté qui a œuvré pour tracer sa voie d’artiste peintre faisant fi des conventions.

 

Carnet de voyage en pays Celtes

La culture celte est liée aux pays Celtes de l’Ouest de l’Europe et appartient à l’imaginaire culturel européen. En effet, les légendes, les mythes et la littérature médiévales ont fait la renommée de personnages comme Tristan et Iseult, le Roi Arthur, Merlin, les Chevaliers de la Table Ronde, Laudine ou la Dame de la Fontaine, Cúchulainn et Finn Mac Cumhaill, Midir et Étain…Ils sont des sources inspirantes pour un carnet de voyage imaginaire dans les pays Celtiques ou un carnet de patrimoine immatériel. Les pays Celtes sont définis comme les territoires dans lesquels était pratiqué la langue celtique au Moyen Age : Bretagne, Pays de Galles, Cornouailles, Ile de Man, Irlande et Ecosse. Trois régions du Nord-Ouest de l’Espagne (la Galice, les Asturies et la Cantabrie) revendiquent aussi un héritage celtique. Un carnet de patrimoine immatériel mettrait en exergue les liens identitaires entre ces terres celtiques et leurs héritages culturels communs.

En plus des sites archéologiques inventoriés (écouter le poscast de Radio France : « les Celtes réinventés par l’archéologie »), des preuves des origines celtiques sont pérennes dans l’étymologie de mots en langue régionale mais aussi dans les sonorités musicales à travers des instruments de musique spécifiques, tels la cornemuse, les bombardes (flûtes), les bodhrans (percussions), le uilleann pipe, la gaita de Galice ou la harpe celtique.

De plus, parmi des fêtes celtes, celle d’Halloween « all hallow’s eve » (traduction : a veillée de tous les Saints) a une renommée mondiale : la Samain était le nouvel an des Celtes en Grande Bretagne fêté le 31 octobre.

De nos jours, des festivals font revivre la culture celte :

– le Festival Interceltique de Lorient en France

– le Festival del Mundo Celta de Ortigueira en Espagne

– Celtic Connections de Glasgow en Ecosse

– le Hebridean Celtic Festival, ou HebCelt, a lieu à Stornoway sur l’île de Lewis, la plus grande île des Hébrides écossaises

– le festival panceltique de Carlow en Irlande (une semaine de festivités).

A l’INSPE de l’Académie de Bordeaux, les étudiants du Master 1 MEEF Documentation ont réalisé une carte mentale de mise en projet « carnet de voyage en Pays Celtes » (Bretagne, Ecosse, Cornouailles Britanniques, Irlande, Île de Man, Pays de Galles, Asturies et Galice), puis un itinéraire géolocalisé, sonorisé et documenté du voyage en terres celtiques avec comme point de départ la Forêt de Brocéliande en Bretagne (cf. sites légendaires). Les consignes demandent de choisir un type de production “carnet de voyage” que vous souhaitez mettre en oeuvre, de la caractériser en justifiant ses atouts pédagogiques en classe, notamment pour valoriser la pluridisciplinarité, la pédagogie de projet et l’expression personnelle de l’élève et surtout l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Certains étudiants y ont envisagé de produire un média en classe, notamment une webradio (voir le CLEMI de Bordeaux), et d’expérimenter des échanges linguistiques entre classes, notamment en lançant un projet européen e-Twinning.

 

Carnet de voyage sur les pas de Pierre Loti sur l’Île d’Oléron

L’Île d’Oléron dans le Bassin de Marennes vit l’été à l’heure des voyages de Pierre Loti à travers le monde, car l’année 2023 est l’année Loti en Charente-Maritime. La ville de Rochefort célèbre le centenaire de la disparition de Pierre Loti, écrivain nommé à l’Académie Française en 1892. Le 10 juin a été le point d’orgue des manifestations qui se sont déroulées toute l’année, notamment en lien avec la Maison de Pierre Loti en cours de restauration. Ce lieu est féérique. Etudiante, je visitais chaque été, ce lieu pour rêver de voyages toujours plus éloignés, pour envisager des horizons à découvrir et imaginer mes propres voyages sur les pas de Pierre Loti, pionnier de la mise en scène. 

L’Île d’Oléron retrace l’itinéraire de jeunesse de l’Académicien et offre un carnet de voyage riche en ballades sur les pas de Pierre Loti :

“Fruit d’une étroite collaboration menée entre la Ville de Rochefort, la Communauté d’Agglomération Rochefort-Océan, la Communauté de Communes Cœur de Saintonge et l’Office de Tourisme de l’île d’Oléron et du bassin de Marennes, la brochure qui vous est proposée vous dévoile différents pans de la vie de Pierre Loti. Découvrez-les à travers une série de parcours inédits qui vous conduiront, depuis sa ville natale et l’étonnante maison qu’il y fit aménager, sur les pas sensibles de son enfance, à Echillais et à Saint-Porchaire, puis sur ceux de sa vie familiale, à travers les rues de Marennes et son fameux clocher, jusqu’aux secrets d’Oléron, l’île de ses aïeules, où il choisira finalement de reposer pour l’éternité.”

Deux week-end d’activités ponctuent l’été, mi-juillet et mi-août, afin de proposer aux visiteurs et touristes des évènements et des ateliers autour du carnet de voyage : le calendrier est disponible sur le site de l’Office de tourisme de Saint-Pierre d’Oléron.

De nombreuses classes de maternelle et de primaire ont réalisé au fil de l’année des carnets de voyage qui sont exposés et des actions éducatives au sujet des voyages de Pierre Loti. De plus un livret pédagogique est proposé par la médiathèque de Rochefort : voir le livret. A l’INSPE, nous envisagerons à la rentrée de proposer des projets “Carnets de voyages” en lien avec Pierre Loti.

 

Carnet sur la route du Bauhaus en Allemagne et ailleurs

Le centenaire du Bauhaus en 2019 :

Weimar est le lieu de naissance du mouvement moderne et minimaliste qu’est le Bauhaus fondé le 1er avril 1919 par l’architecte et designer allemand Walter Gropius. Nous avons donc célébré son centenaire en 2019. Le courant Bauhaus s’est exporté à l’international suite à son interdiction par le régime nazi en 1933 et a conduit de nombreux artistes à quitter l’Allemagne en créant une diaspora qui a propagé la culture du Bauhaus vers les Etats-Unis puis vers Israël. Le siège des Nations Unies comme la “Ville Blanche” de Tel-Aviv sont classés au Patrimoine mondial de l’Unesco.

S’immerger dans la culture en classe inversée :

Afin de pouvoir lancer le projet, chaque élève a besoin de s’immerger dans la culture et découvrir visuellement l’architecture du Bauhaus. Par soucis de motivation et d’implication de la classe, une question de débat pourrait favoriser le regard et l’enquête. A chacun de penser sa réponse et de l’argumenter lors d’un “débat mouvant”  qui serait alors un préambule à l’introduction de l’escape game.

Créer un escape game éducatif :

Démontrer comment et pourquoi le modernisme allemand devient un style architectural serait l’objectif éducatif de l’escape game créé en classe de langue. En effet, c’est à l’ international que le Bauhaus a inspiré d’autres architectures comme le Streamline Moderne (style Paquebot) à Miami notamment, et un architecte comme Mallet-Stevens (rue à Paris). Le Bauhaus a été lancé à Weimar sous l’égide de Walter Gropius en 1919 puis le mouvement artistique s’est déplacé à Berlin en 1932 – 1933, sous l’impulsion de Mies Van Der Rohe et, enfin, il s’est implanté à Chicago aux Etats-Unis à partir de 1938, date d’immigration de cet architecte renommé, et a terminé ensuite à Tel Aviv, renommée comme “la ville blanche” du Bauhaus. Un tel projet permet de relier l’enseignement des langues avec le parcours d’éducation artistique et culturelle tout en voyageant d’un continent à l’autre et, donc en ouvrant sur l’interculturalité.

De l’escape game au carnet de voyage :

L’introduction lance le scénario au fil des énigmes à partir d’un itinéraire (carte géographique) de l’Allemagne vers les Etats-Unis et vers Tel-Aviv. Dans l’itinéraire du “carnet de voyage”, chaque changement de ville, déplacement d’une ville à une autre, doit être expliqué dans le scénario du jeu par deux ou trois phrases qui contextualisent et donnent des émotions au joueur. Le suspens doit être maintenu au fil de l’émigration du mouvement hors d’Allemagne. Le contexte historique est explicité et les enjeux de cette internationalisation du mouvement artistique sont alors mieux appréhendés et compris. Pour chaque énigme est prévue la création d’une double page du carnet de voyage, aussi le projet participe t-il du PEAC, Parcours d’éducation artistique et culturelle, qui développe la pratique artistique dans le cadre scolaire mais aussi la rencontre d’artistes ou médiateurs culturels.

L’échange linguistique, un enjeu éducatif :

Un échange inter classes franco-allemande pourrait porter ce projet grâce à l’OFAJ, Office  franco-allemand pour la jeunesse, ou le Goethe Institut avec l’initiative PASH. Les interactions en langue ainsi que la découverte de l’autre sont à privilégier et l’activité du jeu peut les favoriser si l’objectif des énigmes, comme de la création de la page “carnet de voyage”, est bien explicité aux élèves : interagir et communiquer en allemand. Ce projet a été lancé ce semestre dans le cadre du Master 1 en Allemand de l’Université Bordeaux Montaigne.

Carnet de voyage de publicités murales

Depuis la publication de l’ouvrage intitulé « Les publicités peintes de nos nationales » en deux tomes (Tome 1 et Tome 2) par Marc Combier (chez H&C Histoire & Collections) en 2014, nos rues et nos routes conservent un patrimoine commercial, industriel ou artisanal, haut en couleurs et en identités locales ou régionales. Marc Combier nous emmène sur les routes des publicités d’antan. Depuis cette publication, des municipalités lancent des appels collaboratifs à l’inventaire comme celui de la ville de Blois ou par exemple « Quand les publicités faisaient le mur ». Réaliser un tel inventaire in situ nous fait voyager dans l’espace en parcourant le territoire français, mais aussi dans le temps, au fil du XXe siècle.

Le patrimoine industriel est objet d’éducation depuis une trentaine d’années, notamment avec des projets lancés par l’Académie de Reims à la fin des années 1990. Aussi, nous avons envisagé un projet éducatif pluridisciplinaire, en histoire – géographie, en économie, en EMI (éducation aux médias et à l’information) et en arts, sur les traces de l’histoire de l’économie de notre région. Il s’agit de retracer un itinéraire illustré de publicités murales qui pourrait alors amener à cartographier l’économie locale des années 1970. Un carnet de voyage ou de patrimoine serait envisagé comme production finale qu’il soit artistique, médiatique ou numérique, et il pourrait être décliné sur tous les types de support.

L’éducation à l’image et à la publicité est préconisée depuis de nombreuses années lors de la Semaine de la presse et des médias dans l’école. Le CLEMI favorise les projets d’éducation aux médias et à l’information mais aussi à la publicité, surtout la publicité en ligne ou sur les réseaux sociaux, afin de décoder la publicité cachée (Canopé). Un projet sur l’éducation à l’image à travers la publicité est d’ailleurs valorisé par l’INSPE de Bretagne dans le cadre de la formation des enseignants. Il s’appuie sur une typologie de publicités :

  • la publicité persuasive et informative (convaincre) qui considère le consommateur comme un être rationnel dont les achats sont le fruit d’une décision mûrement réfléchie. Elle cherche donc à le convaincre en faisant appel à sa logique. Ce type de publicité démontre les qualités du produit vendu face à ceux des concurrents ou fait référence à un besoin à satisfaire.
  • La publicité projective ou intégrative (valoriser) inscrit le produit dans des codes sociaux et des modes de vie. Elle lui confère ainsi les marques d’un groupe social valorisant auquel appartient le consommateur. Le produit devient alors l’expression d’une appartenance.
  • La publicité mécaniste (matraquer) s’appuie sur le courant psychologique du behaviorisme. Elle considère donc que le consommateur n’est ni rationnel ni conscient. Son comportement est passif et soumis à un conditionnement. Ces publicités cherchent donc à créer des conditionnements qui rendent automatiques l’achat de leurs produits. Elles se fondent sur la répétition et essaient parfois de choquer le consommateur.
  • La publicité suggestive (séduire) exploite le désir du produit et sa dimension symbolique. Elle ne fait pas appel à la raison du consommateur mais à ses sens et ses sentiments. Elle cherche à le séduire et à satisfaire ses besoins fondamentaux par la suggestion.

A partir de sorties sur le terrain pour mener l’enquête et lancer un inventaire, les élèves photographient les affiches murales in situ et les regroupent sur un réseau social de partage d’images (Pinterest) dont ils pourront communiquer le lien à leur municipalité, mais aussi lancer un appel sur les réseaux sociaux afin d’approfondir l’inventaire.

Ce projet de reportage historique est intergénérationnel, dans le cadre d’un jumelage intergénérationnel avec une maison de retraite, afin de trouver des témoignages de l’histoire socioéconomique de la localité et de rédiger des textes analytiques qui commentent l’affiche. Les images interactives commentées (Genially) assemblées sont autant de pages numériques au fil de la déambulation dans la ville à partir d’un itinéraire (Google Earth). Cette initiative permettrait de concourir à la mise en œuvre du « plan d’action national visant à renforcer les solidarités intergénérationnelles dans les établissements scolaires et les lieux de vie des personnes âgées » et mettre les liens intergénérationnels au service des apprentissages et de la solidarité.

Une création artistique inter générations est envisagée à partir de l’art du collage, de la  typographie et du design graphique de l’époque choisie sur une spécificité artisanale ou économique toujours vivante, qui aurait traversé plusieurs générations et évolué pour s’adapter aux enjeux contemporains.

Ce carnet de voyage ou carnet de patrimoine est valorisé par le concours scolaire Mediatiks de création médiatique lancé par le CLEMI de Bordeaux. Une mise en voix  des témoignages recueillis pourrait aboutir à une classe Web radio, action nationale d’éducation aux médias et à l’information du Ministère de l’éducation nationale via le CLEMI. Penser l’intermédialité du carnet de voyage permet en effet d’envisager un projet ambitieux.